Départ d’un grand sociologue

Les sciences sociales québécoises, le Québec comme nous, membres d’une société bouillonnante, venons de perdre un grand homme. Le 3 septembre dernier, Guy Rocher partait doucement, stoïque face à ce départ.
Si les hommages affluent, nous ajoutons les nôtres à ceux-ci. Guy Rocher a accompagné la mutation du Québec durant un siècle. Une mutation durant laquelle le Québec est passé d’une époque de replis religieux à une ouverture franche sur le monde. Ce mouvement propre à la modernité (aux apports structurants de celle-ci) s’accompagne inévitablement de débats, de questionnements sur les directions à suivre. Rien n’est simple, rien ne fait l’unanimité. Des questions fondamentales se posent et se poseront : c’est ce qui exprime la vivacité d’un peuple. L’éducation, la culture, la sécularité, le vivre-ensemble sont tous des enjeux au cœur d’une nation, sans réponse évidente et commune. Guy Rocher était de ces débats, les nourrissait avec finesse en apportant des inflexions solides. Il ne recherchait pas le consensus pour lui-même et avait un sens développé du bien commun au sceau de l’égalité de l’accessibilité et de la justice.
On lui attribue la participation à la création du réseau de l’Université du Québec et la mise en place des CÉGEPS à l’issue de la Commission Parent qui transforma radicalement l’éducation québécoise. Guy Rocher tenait à souligner que c’est en équipe que les apports se sont construits ; il restera une personne rassembleuse peu préoccupée par sa notoriété, lui qui paradoxalement fut sous les feux des projecteurs jusqu’à très récemment !

Plus modestement, le GRIDEQ eut la chance d’accueillir le grand sociologue en 2019 lors d’une série de conférences sur la laïcité – « entre identité et diversité ». Si l’enjeu reste clivant aujourd’hui, la démarche, ouverte au dialogue et à l’intelligence qui se côtoient, mérite d’être poursuivie. Guy Rocher en était convaincu. Pour lui, le Québec est engagé dans cette voie. Plus que d’autres, son œuvre et sa participation ancrée à la vie sociale en est le reflet… le Québec était central dans la trajectoire intellectuelle de Guy Rocher, le Grideq et le CRDT lui rendent hommage et sont convaincus que son legs continuera à nous faire réfléchir aux rouages du changement social, objet au cœur de la démarche intellectuelle du grand sociologue au rayonnement intemporel.
Un texte de Nathalie Lewis – Membre du CRDT et directrice du GRIDEQ
Crédit photo : Nicolas Devaux
