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L’art de composer avec et pour son territoire

Portrait de Laurent Dambre-Sauvage, professeur au Département Société, territoire, développement, de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Un parcours entre l’histoire de l’art, le chant et la recherche

Originaire du nord de la France, dans une zone agricole entre Douai et Cambrai, Laurent Dambre-Sauvage n’était pas prédestiné à une carrière universitaire.

Fils d’agriculteurs, il grandit dans un environnement rural où le monde artistique et les études supérieures occupaient peu de place. Pourtant, dès son plus jeune âge, une passion pour la musique et l’histoire de l’art va bousculer son chemin. Laurent nous offre ici le témoignage d’un parcours aussi riche qu’atypique.

Porté par des enseigant.es inspirant.es, il découvre l’univers du théâtre, de la musique classique et des musées. Ces expériences éveillent en lui un intérêt profond pour la culture. Après un DEA à l’université de Lille en histoire de l’art et des études au conservatoire d’Orléans en chant, Laurent tisse naturellement un lien entre ces deux univers. Il consacre sa maîtrise à l’élaboration d’un catalogue des peintures françaises du 17ème siècle du musée des beaux-arts de Lille, ce qui le conduit à intégrer une équipe de recherche réunie autour d’une exposition consacrée à Lille au 17e siècle, dont il deviendra l’un des commissaires. L’idée était de faire le portrait de cette ville à une période charnière de son histoire.

Après quelques années dans la régie des collections du musée de Douai, sa trajectoire prend un tournant radical : il devient chanteur lyrique pendant près de huit ans, collaborant notamment avec l’Opéra national de Lorraine. La crise financière de 2008 le pousse à repenser sa carrière. Il retourne alors sur les bancs de l’université pour compléter une maîtrise en science politique, avant de s’installer au Québec et d’entreprendre une thèse en étude urbaine à Montréal.

Aujourd’hui professeur au département « Société, territoire, développement » de l’UQAR, il enseigne au premier et deuxième cycle avec un regard porté sur les dynamiques endogènes des milieux urbains et ruraux. Il s’intéresse notamment à la manière dont la culture et le patrimoine peuvent devenir des leviers de développement.

Deux projets pour interroger autrement les territoires

Laurent travaille actuellement sur deux projets de recherche. Le premier porte sur le patrimoine de la pêche dans l’Est du Canada (Gaspésie, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard). Il explore une mémoire en marge, des communautés oubliées et une histoire peu valorisée.

Cette recherche lui permet de questionner les formes de patrimonialisation dites «négatives» : comment parler d’un passé douloureux, de crise économique et écologique (comme le moratoire sur la morue ou la chute de la crevette), et du lien entre les communautés côtières et les ressources halieutiques. Il cherche également à comprendre ce que ces pratiques patrimoniales disent des représentations sociales du littoral, de la ruralité et de la marginalité territoriale.

Le second projet explore le rôle de la culture dans les territoires ruraux à partir de la notion de vitalité culturelle. À travers des collaborations avec des acteurs locaux, il tente de mieux saisir la manière dont les citoyen.nes, artistes ou non, s’engagent dans des initiatives culturelles informelles, pour créer du sens, du lien ainsi que revaloriser leur milieu de vie. La volonté de cette recherche est de comprendre comment les formes culturelles locales peuvent renforcer l’identité territoriale et participer à la transformation des milieux de vie.
 

Une recherche relationnelle et engagée

Ce qui anime profondément Laurent dans son travail de chercheur, c’est la rencontre. Il défend une approche « artisanale » qui s’appuie sur la construction de relations humaines de confiance et respectueuses. Il revendique l’importance d’être attentif à ce que les autres vivent, de prendre le temps et d’accepter d’être surpris et redirigé par le terrain.

Son parcours, à la croisée de la culture et du territoire, lui permet aujourd’hui de poser un regard sensible sur des dynamiques souvent peu étudiées. « Je commence à intégrer une vision plus élargie de la culture pour lui donner un aspect un peu plus anthropologique et m’interroger un peu plus sur la notion de mode de vie. Et puis du coup, ça m’amène aussi à penser ce rôle culturel sur un temps plus long et d’intégrer des interrogations sur le rapport à la nature, à l’alimentation, à la production et aux traditions locales. », pour Laurent, la culture n’est pas seulement un secteur, mais une clef de lecture du monde.

Un texte de Anaïs Paleni, auxiliaire de recherche au CRDT