Portrait de membre – Nicolas Hubert
Un texte de Anaïs Paleni, agente de recherche au CRDT
Un chemin guidé par la curiosité

Professeur au Département sociétés, territoires et développement de l’UQAR, Nicolas Hubert s’intéresse principalement aux enjeux environnementaux. Ses recherches se situent à l’intersection des conflits environnementaux et sociaux, des usages du territoire et des représentations socio-environnementales. Il explore les manières dont les sociétés conçoivent, transforment et habitent leur territoire, en mettant au cœur de ses analyses les interactions entre écosystèmes et populations humaines.
Le parcours de Nicolas Hubert ne suit pas une trajectoire académique classique. Il le décrit lui-même comme « décousu », guidé avant tout par ses intérêts et sa curiosité plutôt que par une stratégie de carrière. Avant d’entrer à l’université, il connaît une rupture avec le système scolaire et commence à travailler très jeune à l’usine. Quelques années plus tard, animé par une volonté d’apprentissage continu, il reprend ses études. Un premier diplôme en histoire, réalisé en France, marque un tournant décisif. Lors d’une année d’échange à l’Université de Montréal il y découvre un cadre universitaire stimulant et propice à combler sa curiosité, ce qui le pousse à s’installer au Québec afin de poursuivre une maîtrise en sciences politiques.
Du terrain africain au contexte québécois
Dès les débuts, ses recherches s’inscrivent dans une dimension interdisciplinaire. En effet, à la maîtrise, il interroge la gestion des ressources naturelles en Afrique subsaharienne, notamment en République démocratique du Congo (RDC), en portant son attention sur les enjeux de conflits et de néocolonialisme. Ce travail avait pour objectif de mieux comprendre la manière dont les réformes de libéralisation du secteur minier associées au processus de consolidation de la paix ont contribué à la poursuite des violences armées dans l’est de la RDC. Son doctorat, réalisé au Burkina Faso, approfondit ces questions en ajoutant les dimensions socio-environnementales aux violences suscitées par le développement minier. Sur le terrain, il découvre que les conflits ne se limitent pas à l’exploitation des ressources, mais concernent également leur protection. Il compare alors les conflits suscités d’un côté par la conservation de l’environnement et de l’autre par sa destruction, deux dynamiques opposées, mais produisant souvent des effets similaires : conflits, rapports de domination, exclusion des populations locales.
Les recherches de Nicolas Hubert mettent en évidence ce qu’il appelle des « injonctions contradictoires de développement ». D’un côté, des politiques et des programmes internationaux encourageant l’exploitation des ressources naturelles comme levier économique, de l’autre, des objectifs de conservation imposant des restrictions d’accès aux territoires au nom de la protection de l’environnement. Ces réflexions trouvent un écho direct au Québec, où il poursuit désormais ses recherches. Il y analyse entre autres les impacts socio-environnementaux des politiques de transition énergétique, notamment dans des régions où se superposent les activités minières et les aires protégées.
Explorer sans certitude, une recherche en mouvement
Aujourd’hui Nicolas interroge les effets cumulatifs des impacts associés à ces politiques. Il souligne l’importance de considérer non seulement les impacts environnementaux, mais aussi les conséquences sociales, notamment en termes de conflits et de mobilisations citoyennes. À l’inverse, il s’intéresse également à des territoires ayant refusé certains projets d’exploitation. Des cas comme Anticosti ou la rivière Magpie, illustrent des dynamiques où les populations ont privilégié la protection de l’environnement et le développement récréotouristique. Ces cas d’études lui permettent de comparer différentes trajectoires ainsi que de mieux saisir leurs effets sur les représentations, la participation et l’action politique des citoyens et citoyennes.
Les terrains de Nicolas reposent principalement sur des méthodes qualitatives. En analysant les discours, les pratiques et les perceptions des acteurs et actrices, il a pour objectif de discerner les différentes représentations socio-environnementales. Dans une volonté d’approfondir ses analyses, il souhaite également intégrer des approches quantitatives et développer des dispositifs d’observation non participante. Cette combinaison méthodologique vise à renforcer la validité des résultats en croisant différentes sources d’information, sans chercher à établir une vérité unique, mais plutôt à enrichir la compréhension des phénomènes étudiés. Il accorde une place importante à l’inductivité puisqu’elle lui permet d’adapter ses questionnements au fil des rencontres et des observations, dans une démarche ouverte et évolutive.
Ce qui anime Nicolas Hubert dans sa profession, c’est l’espace de questionnement constant qu’offre la recherche où les certitudes sont rares et où chaque réponse ouvre de nouvelles interrogations. Sa soif d’apprentissage et de compréhension est alors constamment stimulée. Les recherches de Nicolas proposent une lecture nuancée des enjeux socio-environnementaux contemporains et invitent à repenser les liens entre sociétés et environnements dans toute leur complexité.
Coups de cœur et outils
Nicolas Hubert mentionne un intérêt pour la littérature de fiction, notamment fantastique et de science-fiction, qu’il apprécie pour sa capacité à offrir une forme d’évasion. Parmi ses lectures récentes, il nous partage la trilogie de Naomie Novik : The Scholomance qu’il a particulièrement aimé pour son univers singulier tout en abordant des enjeux sociaux.
C’est avec les balados de France culture et entendez-vous l’écho de culture du monde que Nicolas s’informe sur certaines problématiques actuelles. La pertinence de ceux-ci ainsi que leurs orientations académiques lui permettent de les diffuser dans ses cours.
Finalement, l’outil que Nicolas veut mettre en avant est l’intelligence artificielle. Dans l’idée d’être provoquant mais aussi préventif, il explique que l’intelligence artificielle nous est rentrée dedans, que nous ne l’avons pas découvert, mais que nous en avons subi l’intrusion. Pour Nicolas, l’intelligence artificielle vient perturber et réorganiser notre monde, ces codes et ces dynamiques. Le fait que nous soyons confrontés à cela le pousse à redoubler de vigilance dans ses classes en mettant l’accent sur le plagiat et la triche, il avoue devoir repenser ses examens et la manière dont il enseigne. L’intelligence artificielle nous oblige à penser des solutions pour le cadrer, l’adapter et l’orienter dans la direction la plus éthique possible.
