Date
Fév 11 2026
Expiré!
Heure
12 h 00 min - 13 h 00 min

Midi-conférence du CRDT – Arielle Frenette

Les mouches d’Anticosti et autres bêtes féroces de la colonisation

Conférencière : Arielle Frenette
Professeure au département de biologie, chimie et géographie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).
Date : 11 février 2026, 12h à 13h
Sur Zoom
En présence au local G-307, à l’UQAR campus Rimouski

Titre : Les mouches d’Anticosti et autres bêtes féroces de la colonisation
Résumé :
Dans un texte d’un magazine de variétés publié en 1906, l’auteur français Paul Combes raconte son accablante rencontre avec les insectes piqueurs, surtout des mouches noires, des forêts de l’Île d’Anticosti, qui l’ont laissé couvert de sang, voire même légèrement délirant. À ce récit s’ajoute un certain mystère, parce que les forêts d’Anticosti sont aujourd’hui relativement tranquilles, niveau mouches. Où sont-elles donc passées? 
Cette petite enquête sur le sort des insectes piqueurs d’Anticosti amène une réflexion sur l’imaginaire des territoires de colonisation et les mythes civilisateurs l’ayant rendue possible au fil de l’histoire. L’expédition de Combes sur Anticosti en 1895 était réalisée dans le contexte de son acquisition par un riche chocolatier français, Henri Menier, qui a acheté l’île en 1896 pour y installer son paradis de chasse privé. Fort de son statut de propriétaire, Menier peut aménager l’île et ses habitants – humains et plus-qu’humains – à sa guise : les communautés d’Anticosti deviennent squatteuses, braconnières, des villages sont démolis et déménagés. Les insectes deviennent nuisibles, et les ours, dangereux. On doit à Menier l’introduction du cerf de Virginie sur Anticosti, aujourd’hui en forte surabondance, et dont la grande densité continue d’avoir un impact significatif sur la biodiversité. Alors qu’Anticosti continue d’être mise en récit pour la valeur de ses paysages « sauvages » et « inhabités », la question de son appropriation et de sa profonde transformation demeure peu comprise en sciences humaines. Que signifie le développement d’Anticosti, pour qui a-t-il été pensé? 
Cette étude de cas peut sembler anodine. Pourtant, elle reflète un choix méthodologique réfléchi visant à choisir des études de cas créatives pour poser des questions territoriales complexes. Les récits, rumeurs, ou « personnages » en apparence inoffensifs deviennent une porte d’entrée pour aborder des questions plus larges, comme la colonisation ou le changement climatique, mais en préservant un certain plaisir dans la réalisation de la recherche. 

 

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